Gabon: grand chambardement et « sang neuf » au sein du parti au pouvoir

Au terme d’un congrès de trois jours, le parti présidentiel au Gabon, l’historique mais très affaibli Parti démocratique gabonais (PDG), a renouvelé une grande partie de ses responsables et interdit les courants politiques, tentant de se mettre en ordre de bataille pour les législatives prévues au printemps 2018.

Réunis dans un stade de la périphérie de Libreville, des milliers de délégués et de militants du Parti démocratique gabonais (PDG) ont planché sur comment « revitaliser » et « régénérer » l’ancien parti unique (jusqu’en 1991), aujourd’hui en crise profonde et miné par les divisions.

Si le nouveau secrétaire général Eric Dodo Bouguendza a été confirmé dans ses fonctions, la quasi-totalité de ses adjoints ont été changés, avec davantage de jeunes et de femmes. Les membres du bureau exécutif ont été presque entièrement renouvelés, de même que le comité permanent du bureau politique.

L’ex-secrétaire général Faustin Boukoubi, figure du PDG redevenu ces derniers mois simple militant, a été nommé à la tête du Conseil consultatif des Sages du parti.

Plusieurs recommandations ont été adoptées, dont l’interdiction formelle de créer des courants au sein du parti, une mesure chaleureusement accueillie par les congressistes.

Les travaux ont été ouverts vendredi, puis clôturés dimanche par le « distingué camarade président » et chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba, qui, dans sa seconde allocution, a fustigé les « déserteurs, traitres et faux-amis » au sein du parti.

« L’adversaire le plus dangereux est celui qui est dans la maison », a mis en garde le président Bongo, qui a assuré que « le PDG est debout et au service des Gabonais ».

Le parti « a besoin de sang neuf et d’idées neuves », avec « surtout de nouvelles personnes pour les incarner », a-t-il plaidé.

-‘Véritable séisme’-

 

« Il faut en finir avec les discours théoriques et hors-sol, place au ton direct, aux remontées du terrain et à l’approche concrète », a ajouté le président Bongo, qui s’en est pris vigoureusement à une « opposition » aux « idées dangereuses et nuisibles ». Une opposition « composée majoritairement de personnes qui ont bénéficié de la générosité et de la largesse de ce parti et de ce pays », selon lui.

« Pari gagné », affirmait lundi le quotidien pro-gouvernemental l’Union. Presque agonisant, « le PDG a finalement fait sa mue », alors que les oiseaux de mauvaise augure lui avaient prédit le chaos ». Le journal voit dans ce congrès un « véritable séisme » ayant permis de mettre « les vieux briscards à la retraite » et ouvre la voie à une relance du parti pour « être en phase avec les attentes des Gabonais ».

« On voit arriver une nouvelle génération, émerger de nouveaux noms, comme Chantal Mebaley ou Marius Assoumou », observe un analyste local.

« Jouant de son assise dans tout le pays », le parti tente de « désamorcer la fronde générale », notamment celle venue du nord de l’importante ethnie Fang, estime-t-il.

« Il s’agissait aussi de réduire le pouvoir des courants, instrument utilisé par certaines personnalités pour accroitre leur influence, mais qui au final affaiblisse le parti », ajoute cet observateur.

Donné parfois presque moribond, le PDG tente de se remettre en selle depuis plus d’un an et la présidentielle mouvementée d’août 2016, marquée par des violences post-électorales et qui a vu la réélection contestée d’Ali Bongo (qui succéda à son père Omar Bongo en 2009).

Après cette grave crise politique, l’échiquier politique national s’est progressivement restructuré ces derniers mois au Gabon.

L’opposant Jean Ping, qui se proclame toujours « président élu », est aujourd’hui en perte de vitesse, après que certains de ses soutiens ont rejoint le gouvernement.

De nouveaux partis ont été créés, tandis que des élections législatives sont prévues au printemps 2018, mais leur date n’a pas encore été officiellement fixée.

Le PDG a quant à lui dû gérer l’influence croissante de courants rivaux, comme le défunt « Héritage et modernité », le puissant Mogabo, ou le tout dernier « Action pour le président de la République » (APR).

Les courants « ont toujours rythmé la vie » du parti unique, souligne à ce propos le site d’info Gabon actu, qui rappelle qu’Ali Bongo lui-même, sous la présidence d’Omar Bongo, fut à la tête des « rénovateurs », contre les « caciques », puis les « appelistes ».

Avec ce dernier congrés, « il reste à savoir si tous les cadres (du PDG) vont se soumettre à la discipline du parti désormais dirigé par des proches » d’Ali Bongo, soulignait lundi matin Gabon actu.