Togo: Le foot reprend dans la douleur, après deux ans d’interruption

Togo: Le foot reprend dans la douleur, après deux ans d'interruption

Après deux ans sans championnat de foot pour cause de crise institutionnelle, c’est la reprise au Togo. Un soulagement pour les fans comme Ahmed Issa, tailleur de Lomé, qui s’est « senti en prison » pendant cet épisode, même si tout n’est pas encore rentré dans l’ordre.

« Il n’y avait plus de distraction sur les stades les week-ends, car le ballon ne roulait plus »: raconte encore Ahmed Issa, supporter du FC Agaza, club de la capitale.

« C’est une grande joie de retrouver la pelouse et nos supporters, après deux années de +vacances forcées+ », se réjouit Gazo Kokou, attaquant de l’AS Togo Port, club portuaire comme son nom l’indique.

Mais pendant ces deux ans sans crampons, les joueurs ont été livrés à eux-mêmes, se reconvertissant parfois en chauffeur de taxi-moto pour arriver à joindre les deux bouts.

Ayivi Ekuevi, entraîneur de l’AS Togo Port a du mal à rattraper le temps perdu: « Les joueurs ont assez souffert pendant cette crise qui a secoué notre football. Beaucoup de joueurs ont perdu les automatismes. »

Côté supporters aussi, il faut retrouver le chemin du stade. Pour les cinq premières journées disputées au stade municipal de Lomé, les gradins de 12.000 places étaient clairsemés et la plupart des groupes de supporters qui mettaient autrefois l’ambiance dans les tribunes, n’ont pas encore repris leurs activités.

– « pas encore la grande ambiance » –

« C’est le début de la compétition, on n’a pas encore vu de matches intéressants. En plus, beaucoup de nos amis supporters avec qui nous faisions de petits commentaires dans les tribunes, ne viennent plus. Je vous avoue que ce n’est pas encore la grande ambiance », reconnaît Gérard Atégoué, membre d’un groupe de supporters des Eperviers (surnom donné à la sélection nationale).

A l’origine de ces deux années sans ballon, d’incessantes querelles entre les membres de la fédération de football togolaise (FTF) minée par la mauvaise gestion. Et un carton rouge de la Fifa pour le championnat de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest en 2014.

De nombreux membres du bureau de la fédération ne s’entendaient plus avec leur président Gabriel Améyi, certains l’accusant ouvertement de détournement de fonds.

L’institution mère, la Fifa, avait finalement décidé de prendre les choses en main: dissolution du bureau de la Fédération et mise en place d’un « comité de normalisation », structure chargée de gérer les affaires courantes et d’organiser de nouvelles élections.

Aujourd’hui, après d’immenses tractations, le ménage a été fait au sein de la FTF. Un nouveau président a été élu à sa tête (le colonel de gendarmerie Guy Kossi Akpovy), le calme est revenu, et 14 clubs disputent cette année le championnat d’élite.

– « éviter ces crises à répétition » –

Pour Samali Abdou, supporter de club, les responsables de la FTF « doivent tout faire pour maintenir la bonne ambiance, afin d’éviter ces crises à répétition, qui salissent l’image du football togolais ».

Ces dernières semaines, le ministre des sports Guy Lorenzo, a rassuré à plusieurs reprises les Togolais. « Nous mettrons tout en œuvre pour qu’il n’y ait plus d’interruption de ce championnat, quels que soient les problèmes ».

Certains clubs ne sont pas encore tout à fait à jour, explique le service de communication de la FTF. Cela prendra encore du temps. Mais les subventions attribuées aux clubs de première division, bien maigres par le passé, sont bien plus importantes qu’auparavant, avec 15 millions de FCFA par an pour chaque club (23.000 euros), contre 5 millions avant la crise.

De quoi redonner du souffle au sport favori des Togolais. Elom Kodjia, enseignant dans un collège privé de Lomé, reste lui fidèle aux gradins. « J’étais malheureux, car le football est mon seul loisir les week-ends », explique-t-il. « Les responsables du football doivent tout mettre en oeuvre pour nous éviter de telles situations qui ne nous honorent pas. »